Il y a deux mois jour pour jour, je franchissais la ligne d’arrivée de mon premier marathon avec une grande émotion et une immense fierté. Si on m’avait dit lorsque j’ai débuté la course à pied que j’arriverais un jour au bout de ces 42,195km, je crois que je me serais étouffée de rire.

L’idée

Quand je franchis la ligne d’arrivée (non sans mal) de mon premier semi-marathon en mars 2016, ma première réflexion a été  : «  Mais comment font les marathoniens pour faire ça fois deux  ?  ». 42,195 km, ça relevait de la science-fiction pour moi. Je nourrissais une grande admiration et une grande fascination pour ces coureurs de l’extrême. Pour moi, c’était des sur-hommes/femmes. Le lendemain de mon semi, poussée par la curiosité, je me mets à lire des récits de course sur des blogs de running. La détermination, l’émotion et l’euphorie qui ressortent de ces articles me font envie. Je me rends compte qu’il faut bien sûr un minimum de condition physique, mais que c’est surtout l’entraînement et le mental qui te font aller au bout. Pour la première fois, je me dis «  et pourquoi pas moi  ?  ». Je me dis aussi que j’ai envie de faire ça assez rapidement, avant la fin de l’année.

L’inscription

J’ai choisi de courir mon premier marathon à Amiens pour la simple et bonne raison que c’est ma ville, celle où je suis née, où je vis, où vivent ma famille et mes amis (pratique si comme moi tu souhaites monter un fan club à l’arrivée). Les autres avantages quand tu joues à domicile, c’est que tu peux te familiariser avec le parcours (si tu ne le connais pas déjà) et que tu n’as pas à te soucier d’éventuels soucis logistiques pour le voyage et l’hébergement. Bref, c’est assez rassurant et ça te permet de te concentrer sur l’essentiel car l’épreuve en elle-même est déjà assez stressante comme ça.

Le 6 avril, un mois après mon premier semi, je saute le pas et décide de m’inscrire. Pendant plusieurs jours, je suis euphorique et ne pense qu’à ça. Des milliers de questions me traversent l’esprit, j’en rêve même la nuit. Pourquoi je me lance là dedans alors que j’étais bien tranquille dans ma routine d’entraînement  ? En suis-je vraiment capable  ? Et si je me blesse  ? Et si, et si  ?

Équipement marathon bête de course
La panoplie complète de la future marathonienne

La préparation

Finalement le 8 octobre, c’est assez loin et l’euphorie se tasse. Il m’arrive quand même de me visualiser franchissant la ligne d’arrivée lors de mes sorties (d’ailleurs à chaque fois, j’en ai des frissons et les larmes aux yeux), mais rien de plus. Les semaines, les mois passent, je participe à d’autres courses… Bref la routine. Métro (façon de parler hein, on est à Amiens n’oublie pas), boulot, dodo.

Quand je me réveille, nous sommes au mois d’août. C’est la panique. Je n’ai pas de plan d’entraînement et le jour J approche. Je parcours des dizaines de blogs, à la recherche de conseils pour me préparer et estimer mon temps de parcours. Je harcèle aussi mes connaissances et amis marathoniens (merci les copains !), pour connaître leur expérience. Je pense que mon chrono se situera entre 3h55 (j’en rêve secrètement) et 4h15 et décide de partir sur 8 semaines d’entraînement (de toute façon je n’ai plus beaucoup de temps devant moi…). Je trouve mon plan sur le site de Kalenji. C’est le seul qui n’emploie pas de termes trop barbares comme VMA ou VO2Max dont j’ignore encore la signification. Celui-ci est basé sur des pourcentages de fréquence cardiaque (c’est facile, ya qu’à suivre ta montre) mais je décide de le faire au feeling, en me fiant plus à mes sensations qu’à mon cardio. J’opte pour un plan en 3h45, celui en 4h me paraissant un peu trop light. Je m’entraînerai 3 fois par semaine, ce qui ne changera rien à mon rythme habituel. Les vacances approchent et je n’ai pas vraiment envie de les passer à courir. J’adore ça mais l’été, il y a d’autres choses tout aussi sympas à faire…

Je commence ma préparation vers le 15 août. Au départ, il m’arrive d’être frustrée car je n’ai pas l’habitude des sorties courtes et/ou en endurance fondamentale (allure tortue, si tu préfères). Toutefois je fais confiance à Kalenji et suis son plan à la lettre. La difficulté augmente au fil des semaines, j’ai d’ailleurs bien fait de garder des forces. Je ne rate et ne bâcle aucune séance, même quand je me retrouve 15 jours en Corse, sous un soleil de plomb et entourée de montagnes qui rendent mes sorties très éprouvantes.

Au fil des séances, je sens que mon mental se forge et ce marathon, j’y crois de plus en plus. Le grand inconnu reste toutefois le chrono, mais j’essaye de ne pas trop me mettre la pression avec ça.

Côté alimentation et hygiène de vie, c’est un peu l’anarchie. A chaque semaine qui passe, je me dis qu’il faut arrêter cette orgie d’apéros, pizzas, barbeucs, clopes (à l’apéro seulement mais vu la fréquence à cette période de l’année…) et barres glacées (surtout les Snickers, mes préférées) mais c’est impossible. Il fait beau, il fait chaud, c’est les vacances, je veux en profiter (la gastronomie corse, mamma mia!). A J-7, quand la pression est à son max, je décide quand même de faire un petit effort  : plus de clopes, plus d’alcool et des pâtes à gogo  ! A J-2, j’élimine les fruits et légumes riches en fibres pour éviter les maux de ventre lors de la course.

Le Jour J

Le réveil sonne à 4h45. Je ne te cache pas que ça pique, mais le départ est à 8h, j’ai envie de prendre le temps de bien digérer mon petit-déjeuner que j’avale sans difficulté malgré le stress et l’excitation. Une demi heure plus tard, j’ai fini mes tartines, mon fromage blanc, ma compote et mon thé (les aliments chimiques, très peu pour moi). 7H15, il est l’heure de décoller. Le temps est frais mais sec, c’est parfait. 7H50, me voilà derrière la ligne de départ. L’ambiance est géniale, tout le monde est détendu, heureux d’être là. Moi la première. 8H, c’est parti.

Sas de départ marathon d'Amiens 2016
5 minutes avant le départ, en pleine forme !

Je cours mes 5 premiers kilomètres à allure très tranquille pour m’économiser et faire chauffer le moteur. Au premier ravito (un tous les 5km sur marathon), je croise une première fois Chéri, qui va me suivre jusqu’au bout avec mon frère (merci encore car il faisait plutôt frisquet ce jour-là). Musique à fond les ballons dans les oreilles, j’ai une pêche d’enfer. Au 6e kilomètre, j’atteins ma vitesse de croisière. Un coureur se cale sur mon rythme, j’enlève mon casque pour papoter avec lui. C’est son troisième marathon, il espère le finir en moins de 4h. Nos chemins se séparent au 20e kilomètre, lorsque nous rencontrons le premier gros faux-plat. Il a les jambes cassées, les miennes sont toujours au taquet.

Je double quelques coureurs, ça me booste encore plus. J’arrive même à envoyer des textos à mes potes pour leur faire part de mon euphorie. Ma plus grande crainte, c’est de rencontrer le fameux «  mur  », alors comme un robot, de façon mécanique, j’avale quelques gorgées d’eau tous les 2km et un carré de sucre tous les 5km. Au kilomètre 30, j’ai toujours une pêche d’enfer. J’avance à une allure moyenne de 5min31/km. Si je maintiens ce rythme, je serai sous la barre symbolique des 4h. J’ai mal au zygomatiques tellement je souris (mieux vaut ça que des crampes…). Je commence à visualiser la ligne d’arrivée, j’en frissonne de bonheur. Des amis m’envoient des messages pour me dire que j’ai fait le plus dur. Ça me donne des ailes. Mais ces enfoirés m’ont menti. Car le plus dur va en fait arriver. Au km37, j’ai l’impression d’avoir les jambes de Robocop. Ma foulée est moins fluide, mes cuisses se durcissent, mes mollets sont douloureux.

mi parcours marathon d'Amiens
À mi parcours. Jusque là tout va bien.

Qu’importe  ! Je trouve la force de mettre un morceau de musique qui me donne la patate, je serre les dents et m’arroche. 38, 39, 40… Je commence à retrouver un brin d’optimisme jusqu’à ce qu’un horrible faux-plat tente de m’achever. Mon sourire laisse place à de jolies grimaces. Je jure, peste, des gens me prennent pour une folle. Ca y est, je vois le panneau 42. Il reste 195 mètres à parcourir, peut-être les plus longs de cette course. J’entends mes amis hurler mon nom, je lève les bras au ciel comme si j’avais décroché la médaille d’or aux JO et tente un sprint jusqu’à la ligne d’arrivée. Une adorable bénévole me passe la médaille tant méritée autour du cou et me félicite  : «  Bravo, moins de 4h  !  ». Je m’en fous, je veux juste m’asseoir. Complètement hébétée, je suis incapable d’exprimer la moindre émotion. Il me faut 5 bonnes minutes pour reprendre mes esprits. Chéri, mon frère et mes amis me rejoignent et m’annoncent alors l’exploit  : j’ai torché ce marathon en 3h53  ! Direction la buvette pour fêter ça. Plus tard, je retrouve le coureur avec qui j’ai parcouru le premier semi. Il a terminé en 4h35 et ne cache pas sa déception.

Mon premier marathon
À l’arrivée, les traits tirés mais le sourire jusqu’aux oreilles.

L’après

Avec ce gros shoot d’endorphines, de fierté et d’émotions, j’ai plané pendant une bonne dizaine de jours. Je me repassais, en boucle, la vidéo de mon arrivée en regrettant que ce soit déjà fini et en ayant hâte d’être au prochain. J’ai arrêté de courir pendant deux semaines. Période durant laquelle je n’ai fait que manger – ou plutôt dévorer – de manière assez compulsive (si tu es scientifique, j’aimerais bien que tu m’expliques ce phénomène). Au bout de 15 jours, j’ai repris l’entraînement. Les premières sorties n’ont pas été faciles. J’avais l’impression de ne pas avancer. Deux mois après, j’ai toujours du mal à accélérer. Le marathon m’a fait gagner en endurance mais perdre en vitesse. Depuis ce 8 octobre, je n’ai pas repris le départ d’une compétition  : peur de me décevoir sur le chrono, peur de trouver ça fade. Par contre je me suis promis une chose  : il y aura bientôt un deuxième marathon.

Et toi, tu as déjà vécu cette incroyable aventure ?

 

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Auteur

Journaliste au caractère bien trempé, accro à ses baskets et à son chien. Blogueuse course à pied et canicross

7 Commentaires

  1. Qui a osé te dire que tu avais fait le plus dur en passant le 30e ?

    Revois la liste de potes a qui tu envoies des textos pendant un marathon… Heu ou n’envoie plus de textos pendant un marathon et concentre toi sur l effort 🙂

  2. Salut,
    quel plaisir ce compte-rendu.
    J’aurai pu écrire les deux premiers paragraphes tant je partage cette appréhension après avoir fait mon premier semi.
    J’espère pouvoir écrire les autres dans quelques mois si je me sens prêt à franchir le pas.
    A suivre.
    GL pour ta deuxième expérience et j’espère que tu n’as pas repris la clope, toi qui n’aime pas les trucs chimiques 😀
    Stéphane

    • Lo Répondre

      Courage Stéphane !

      Avec l’excitation, les endorphines et tutti quanti, on se transforme en warrior ! 🙂 Je suis sûre que tu pourras bientôt nous raconter ta propre expérience, en tout cas je te le souhaite tant c’est magique !

  3. bonjour Lo

    J’ai lu votre recit il y a environ 10 mois, avec deja dans un coin de ma tete l’idée de me lancer egalement sur un mararthon. Pesant a l’époque plus de 85k, l’affaire n’était pas gagné ! Je decide tout de meme de m’inscrire au marathon de la Rochelle. Passons sur mon programme d’entrainement (plan de 4h30, je ne me voyais pas faire mieux vu ma morphologie). le fameux jour J arrive, la nuit a été bonne petit dej avalé sans problème, j’arrive dans mon sas environ 1/2h avant le depart. jusqu’au 25eme kilo tout allait bien, je redoutait l’après car a l’entrainement, jamais fais plus de 25 ! au 28eme, aie aie aie !!! mes cuisses et mollets me brulaient, mes genoux et chevilles commançaient a etre douloureux, au 30ème, j’aperçois 4 collègues de travail qui hurlent a plein poumons ! non je peux pas lacher, puis un peu plus loin, ma femme, mon fils et mes amis avec leurs pancartes ! non non et non, je peux vraiment pas lacher, puis au 38ème, sans trop comprendre pourquoi, les doileurs s’envolent, la foulée revient et le moral avec. 39, 40, on est dans le centre ville, ça hurle, ça encourage sur les trottoirs, ça grimace, ça crie de douleur, ça pleure meme parfois chez les coureurs. 41, je profite, je suis bien alors j’emmagasine toutes les images, 42 !!! b***** de m**** je vais le faire ! ça y est la ligne est franchie en 4h17, objectif plus que réalisé, les larmes montent, mes jambes ne me tiennent plus, une dame avec qui j’avais discuté en debut de course, arrive et me tombe dans les bras ! elle c’est une vraie championne,51 ans, transplantée d’un rein !!! Respect et chapeau Madame ! Je retrouve les miens plusieurs dizaines de minutes apres, emotion, mon fils de 4 ans crie a qui veut l’entendre que son papa a gagné. Nous rentrons tous a la maison et sur la retour, je me jure de reprendre le depart d’un marathon … Mais pas tout de suite.
    Et vous ? avez vous repris le depart d’un marathon ?

    Etienne

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